Oumaïma Gharbi, Docteure en Électrochimie

À l'intersection entre la chimie et l'électricité, Oumaïma Gharbi nous révèle le coeur de ses travaux de recherche portant sur l'électrochimie. Vous serez surpris d'apprendre à quel point ces questions sont en lien avec l'utilisation de produits dans notre quotidien ! Elle nous présente les origines de son envie de devenir chercheure mais aussi les activités qu'elle préfère dans la pratique de ce métier.

Quand j’étais plus jeune, je ne savais pas vraiment ce que je souhaitais faire. Disons que j’ai toujours été fascinée par les sciences, mais surtout ce qui m’a marqué, c’était les romans policiers. Dévorer les romans d’Agatha Christie tous les soirs à l’âge de 10-11 ans ? C’est moi. 

Ces romans qui te tiennent en haleine, jonchés de détails auxquels tu dois faire attention afin d’identifier le meurtrier, reconstituer le puzzle qu’est cette énigme policière, c’est ce qui me fascinait. Paradoxalement, on a souvent pensé que je ferai une carrière littéraire, comme si mon amour pour les livres était forcément lié à un profil littéraire. 

Finalement, c’est ce goût prononcé pour les énigmes, cette envie de récolter des indices et ce besoin de trouver une explication aux phénomènes que j’observe qui m’ont naturellement dirigé vers les sciences. Cette affinité avec la chimie s’est révélée au lycée. J’ai donc suivi sans trop me poser de questions, ce que j’aimais faire pour finalement être maintenant ce qu’on appelle une électrochimiste

Qu’est-ce que c’est ? 

L’électrochimie est une discipline qui s’intéresse aux réactions impliquant des transferts d’électrons. Ces réactions sont appelés redox (réduction et oxydation). Typiquement, la réaction d’oxydation fournit des électrons, et la réaction de réduction les consomme. Ces réactions sont même retrouvées dans nos corps (et oui), nos cellules s’oxydent inévitablement. Moi, ce qui m’intéresse, c’est celles qui ont lieu au niveau des métaux.

Exemple d'une réaction d'oxydoréduction. Ce système peut alimenter un petit circuit électrique.

Pourquoi cette discipline est-elle étudiée ?

Je vous répondrais que sans l’électrochimie, le monde moderne, ultra connecté que l’on connait n’existerait pas. Les réactions électrochimiques sont à l’origine de l’électricité (merci aux électrons), des piles/batteries, et les comprendre permet, par extension, de protéger nos matériaux contre la corrosion. En effet, la corrosion n’est que l’oxydation de nos matériaux.

Personne ne voudrait d’une voiture complètement rouillée en moins d’un mois ou d’une batterie de téléphone qui ne tient que quelques heures. Je suis donc là pour faire en sorte que cela n’arrive pas.

Sur quels projets de recherche je travaille ?

Actuellement, grâce à la bourse l’Oréal-UNESCO, j’explore la possibilité d’utiliser des matériaux recyclables et écoresponsables en tant que composant de nouvelles batteries. La batterie la plus utilisée sur le marché est la technologie Lithium-ion, cependant, lorsque la batterie est en fin de vie, le Lithium est très rarement recyclé. L’utilisation de nos ressources de lithium va à terme s’amenuiser (comme les énergies fossiles) et augmenter les coûts de cette matière première. Il est donc primordial d’utiliser des matériaux abondants sur la croute terrestre, peu chers et recyclables en tant que solution pérenne pour nos systèmes de stockage d’énergie. Nous avons donc pensé à remplacer le lithium par de l’aluminium.

Oumaïma Gharbi et Laure St-Raymond (mathématicienne française, Professeure à l'ENS Paris et membre de l'Académie des Sciences) lors de la remise du prix Jeunes Talents L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science

Quels sont les autres points que j’aime dans mon métier ?

Une chose que j’ai appris à aimer au fil des années, c’est le partage de mes recherches avec mes pairs et toujours sortir de ma zone de confort.  L’apprentissage constant, la discussion avec d’autres experts de différents horizons est très stimulante. Il y a toujours de nouvelles choses à essayer, une quasi-infinité de voies à explorer, ce qui est à mon sens, incroyable. Bien entendu, j’aime aussi partager mon expérience avec des personnes plus jeunes que moi car j’aurai aimé avoir ce genre de retour au début de ma carrière.

Peut-être qu’un jour un système de batterie inspiré de ces travaux sera utilisé, ou peut-être pas. C’est ce qui définit la recherche. Dans tous les cas, je suis fière d’y contribuer, et je vous encourage tous à suivre la voie qui vous inspire.

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