Comment calculer son empreinte carbone et la réduire ?

Par Projet Pangolin  •  7 mars 2024 

Dans cet article on vous rappelle les définitions de ce que sont les empreintes carbone et écologique.

Puis nous vous présenterons différents calculateurs d'« empreinte carbone » et d'« empreinte écologique » ainsi que les  résultats  d'un membre de notre équipe.

Enfin nous vous proposerons des  solutions concrètes  et qui font la différence pour réduire votre impact sur l'environnement.

Quelques définitions importantes

Empreinte carbone

L’empreinte carbone c’est la quantité de GES émise par les activités humaines, exprimée en équivalent carbone (ou « eqCO2 », « CO2e », « CO2-eq »). Elle peut être calculée pour un individu, une entreprise, à l’échelle d’un pays, pour un objet ou un service.

Empreinte écologique

L’empreinte écologique (ou empreinte environnementale) est un indicateur de l’effet des activités humaines sur la nature. Contrairement à l’empreinte carbone, elle n’est pas focalisée sur les GES et considère l’impact environnemental plus global en comparant d’une part “la demande” (les activités humaines) et d’autre part “l’offre” (la capacité de la Terre à produire des ressources, à absorber des déchets et à se régénérer : la biocapacité). Elle est exprimée en hectares.

L’empreinte écologique tient compte de :

  • l’empreinte carbone (qui représente quand même les ¾ de l’empreinte écologique mondiale)
  • des bâtis (routes, bâtiments), des zones de pêches (sauvages ou élevages, mer ou eau douce) et produits forestiers (bois de chauffe, pâte à papier et produits dérivés du bois)
  • l’impact des pâturages et cultures (nourriture humaine et animale, textiles)

Qu’est-ce que le bilan carbone ?

Le bilan carbone est une méthodologie de calcul développée par l’ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) en 2004 pour mesurer l’empreinte carbone d’une entité, par exemple, d’un individu (on parle alors de “bilan carbone personnel”) ou d’une entreprise.

On teste des calculateurs d’empreinte carbone et/ou écologique

Comment calculer son empreinte carbone ?

En utilisant un calculateur d’empreinte carbone ou de bilan carbone. Il en existe une ribambelle en ligne :

Ces outils sont gratuits, plus ou moins complets et assez longs à remplir. L’objectif est de passer en revue tous les postes de dépenses énergétiques sur une année puis de vous donner une approximation des émissions de gaz à effets de serre en lien avec votre mode de vie.

Par exemple un membre de l’équipe Projet Pangolin (moi…) a utilisé le calculateur de l’ADEME (nos gestes climat).

Résultat : Je produirais en moyenne 5 tonnes eqCO2 par an. C’est mieux que la moyenne des français qui se situe à 11 tonnes mais c’est LOIN de l’objectif des 2 tonnes qui doit être atteint si on veut rester sous la barre des 2°C (objectif maximal de réchauffement définit dans les accords de Paris, signés lors de la COP21).

D’après ma simulation, les postes énergétiques les plus couteux sont : l’alimentation, les transports et les services publics

Pourtant, je n’achète pas de viande et je mange très peu de produits d’origine animale. Je fais tous mes trajets maison-travail à pied et j’achète mes vêtements très majoritairement de seconde main. Mais j’ai encore des progrès à faire, je le reconnais. Néanmoins, il y a un poste sur lequel je n’ai aucune emprise : les services publics. On en discute plus loin.

Comment calculer son empreinte écologique ?

Avec un autre calculateur dédié, évidemment ! La liste d’options est nettement moins longue :

📣 Bon à savoir

On trouve beaucoup de calculateurs d'empreinte écologique canadiens et suisses (et donc qui utilisent des valeurs moyennes de consommation propres à leurs pays). Vous pouvez les tester mais ils seront moins précis compte tenu que vous n'habitez pas là-bas.

Comme vu plus haut, l’empreinte écologique tient compte de l’impact des émissions de GES mais aussi de la capacité de la Terre à produire et se régénérer. C’est une autre forme d’approximation et c’est donc intéressant de faire les deux pour avoir une vision plus globale des conséquences de notre mode de vie sur la planète.

Par exemple, j’ai utilisé le calculateur de la fondation WWF qui utilise des moyennes suisses.

Résultat : avec ce calculateur je produirais en moyenne 8.25 tonnes équivalent CO2 par an. Il me précise que « Si l’ensemble de la population mondiale vivait avec ce même mode de vie, nous aurions besoin de 1.89 planètes. Malheureusement, nous n’avons que celle-ci. » 

Ici mon mode de vie fait sauter les compteurs. Mais pourquoi ?

Tout d’abord le calculateur de la WWF m’a posé des questions sur mes 5 dernières années et ça ne fait pas 5 ans que je fais autant d’efforts pour le climat. De plus, ce calculateur ne se base pas sur les mêmes mesures que les calculateurs d’empreintes carbone puisqu’il intègre en plus l’impact sur les écosystèmes. Il est donc normal d’observer des résultats différents.

Ceci dit, les deux résultats vont dans la même direction : je pollue trop.

📣 Petite précision

On ne vous propose pas un comparatif de ces différents calculateurs pour plusieurs raisons. 1- ca serait un cauchemar de réaliser une telle étude (nous ne sommes que des bénévoles pour cette association). 2- le but de ces calculateurs n'est pas d'avoir une estimation parfaite de notre empreinte carbone mais plutôt d'obtenir un ordre de grandeur. L'idée c'est de nous faire prendre conscience de l'impact de notre consommation et de décider d'agir en conséquence.

Compenser ses émissions, une fausse bonne idée ?

À la fin de certains calculateurs, après vous avoir annoncé votre énorme estimation d’émissions d’équivalent CO2 par an, on vous propose ce qui ressemble à une solution miracle : compenser vos émissions carbones. Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Si vous nous lisez depuis longtemps, votre esprit critique et votre flair à trucs louches devraient s’agiter. Et vous auriez bien raison.

Lorsque ces fondations vous proposent de « compenser » vos émissions en leur faisant un don proportionnel à votre impact écologique, cela ne vient pas l’annuler comme par enchantement. Si ce geste est une bonne chose puisqu’il participe à financer des projets qui soutiennent la préservation de la biodiversité (en replantant des arbres par exemple), il n’efface en EN AUCUN CAS les conséquences de votre impact de vie sur l’environnement.

GREENWASHING ALERT 🚨

Eh oui, compenser en plantant des arbres et continuer à consommer comme nous le faisons (ce pourquoi on a besoin de déforester notamment) est contradictoire… on se doute donc bien que l’on ne pourra pas faire les deux en même temps !

Ces propositions de compensation sont souvent du registre de l’hypothétique. Elles sont basées sur l’idée que ces forêts replantées vont effectivement absorber autant de CO2 que ce qui est émis.

De plus, si l’on déforeste en arrachant des forêts centenaires, on ne replante que des jeunes arbres. Or , une forêt de cent ans n’a pas la même capacité “puit de carbone” qu’une forêt composée d’arbres de 2 ans (et qui seront surement tous de la même essence… un autre point bien négatif).

S’ajoute à cela qu’on suppose que ces forêts puissent vivre assez longtemps (et ne pas bruler, ne pas être impactées par le réchauffement climatique qui abime les forêts que nous avons déjà), qu’il y aura assez de place sur Terre pour planter tous ces arbres (et que l’on n’aura pas besoin de détruire d’autres écosystèmes pour planter ces fameux arbres).

Souvent, ces propositions sont en fait du treewashing, qui fait écho au greenwashing dont on vous parlait ici.

Un autre point important sur la compensation carbone concerne les océans. Ces derniers sont des puits de carbone très importants, comme les forêts. Pourtant, le réchauffement climatique acidifie l’eau et réduit la capacité des océans à stocker du carbone. On pourra planter tous les arbres que l’on voudra, on ne corrigera l’acidité des océans qu’en réduisant nos émissions.

En bref, compenser ses émissions pour atteindre la neutralité carbone n’est pas possible. Planter des arbres et restaurer les écosystèmes (et puits de carbone) est absolument ESSENTIEL, mais la neutralité carbone ne pourra être atteinte que si l’on réduit en parallèle nos émissions.

L'importance des mots

Un des problèmes principaux ici est le choix du terme « compenser » car il porte à confusion. On peut facilement croire que ce n’est pas grave de prendre l’avion puisque l’on reverse 3,42€ pour « compenser » notre vol. L’utilisation de ce mot peut avoir l’effet pervers de nous déresponsabiliser dans nos choix, de nous faire croire que si l’on se paie des « crédits carbone » alors on n’a pas d’impact environnemental.

Les entreprises s’en servent pour nous faire croire que ce qu’elles nous vendent est « neutre en carbone ». Mais gardez bien en tête que ces options ne viennent pas effacer nos actes, les GES émis sont toujours émis. Si c’était si simple, ça ferait longtemps qu’on aurait résolu le problème du réchauffement climatique, vous vous en doutez bien.

Comment réduire son empreinte carbone ?

Souvent les résultats de ces calculateurs sont édifiants et on peut se sentir un peu désemparés. On ne se décourage pas pour autant ! On vous présente ici, les gestes les plus efficaces pour réduire son empreinte environnementale.

Les gestes du quotidien pour réduire son empreinte carbone

Pour la rédaction de cette partie nous nous sommes essentiellement basées sur un rapport de Carbone 4. N’hésitez pas à le consulter pour rentrer dans les détails.

impact des gestes individuels sur empreinte carbone

L’illustration juste au-dessus synthétise ce qu’on a appris de ce rapport. L’étude a classé 10 gestes individuels classiques en fonction de leurs impacts sur notre empreinte carbone :

  • Adopter un régime alimentaire végétarien
  • Utiliser un vélo (non électrique) pour les trajets courts
  • Covoiturer sur tous les autres trajets
  • Ne plus prendre l’avion
  • Acheter moins de vêtements neufs
  • Manger local
  • Diminuer la température moyenne dans son foyer (-20%)
  • Électroménager et high-tech d’occasion
  • Adopter une vie complètement zéro déchet (compostage par exemple)
  • Équiper son logement d’un éclairage LED

📣 Petit rappel

Personne n'est parfait. Si l'on ne parvient pas à être 100% végétarien, on peut réduire sensiblement sa consommation de viande et autre produits animaux. Si l'on ne peut pas toujours covoiturer, on peut essayer de le faire le plus souvent possible. Cela permet de réduire son impact de façon importante, et de découvrir de nouvelles habitudes pour aller vers le mieux.

Le rôle des propriétaires

Ensuite, si vous êtes propriétaires de logements, vous pouvez faire plus : en investissant dans la rénovation de vos propriétés. Rénover le bâti existant représente un des challenges majeurs à relever et permet de réduire fortement notre empreinte carbone. Si vous en avez les moyens, alors :

  • Isoler de manière plus efficace votre logement en changeant les fenêtres ou en isolant des combles
  • Remplacer sa chaudière fossile (gaz ou fioul) par une pompe à chaleur.

Des crédits d’impôts sont proposés pour inciter les particuliers à rénover leurs logements (plus d’infos ici).

Enfin, dans le rapport de Carbone 4, un dernier geste est proposé : le passage à la voiture électrique. Notre avis sur la question n’est pas tranché. Comme vous le savez, en prenant en compte toute la chaine de production et en ajoutant le fait que l’électricité n’est pas 100% décarbonée, ça complique le débat (si vous voulez en savoir plus, RDV ici). En ce qui concerne les transports donc, ce qu’on vous conseillera toujours c’est de privilégier le train au maximum.

Les gestes collectifs pour faire la différence

Le constat de ce rapport est que si on investissait tous pour rénover thermiquement nos logements au maximum, que l’on utilisait des voitures électriques et que l’on cumulait à la perfection tous les autres gestes que l’on vous a cité juste au-dessus, on aurait réduit nos émissions réelles de moitié. QUE DE MOITIÉ.

En effet, pour arriver à réaliser les objectifs de l’Accord de Paris (c’est à dire atteindre 2 tonnes d’émission équivalent CO2/an/personne), il faudrait (en plus de tout ce qu’on vient de citer) décarboner l’agriculture, l’industrie, les services publics, le fret de marchandises et les énergies. Autant de choses sur lesquelles on a, individuellement, qu’un pouvoir limité. Comment s’y prendre alors ? Penser collectif !

Tout ça donne un peu le vertige. Mais on ne se laisse pas abattre et qu’est-ce qu’on retient ?

1) Ce n’est pas entièrement de notre faute

Nous sommes victimes du système dans lequel nous évoluons. On ne peut pas faire changer le réseau de chauffage de l’immeuble que l’on habite juste parce qu’on l’a décidé, on ne peut pas arrêter de consommer certains outils technologiques car nos métiers en dépendent etc. Néanmoins, on peut choisir de prendre conscience de ses privilèges et essayer de réduire son impact autant que possible.

2) Nos gestes individuels comptent

Les pratiques éco-responsables individuelles ont un impact non-négligeable (n’en déplaise à ceux qui affirment le contraire). L’adoption de ces gestes quotidiens permet de réduire significativement son empreinte carbone (de 10% en adoptant un régime végétarien, on vous le rappelle). Ils sont nécessaires mais malheureusement, ils ne sont pas suffisants.

3) Il faut faire plus, il faut agir collectivement

La pollution liée aux activités humaines est systémique. Sans changement profond, au niveau des entreprises et à l’échelle étatique nous ne pourrons pas limiter nos émissions de GES et rester en dessous du seuil des 2°C.

📣 Lutte climatique et lutte contre les inégalités sont intimement liées.

Pourquoi ? Parce que 10% des citoyens de l'Union Européen (les plus riches, 43,6 millions d'individus) émettent autant de GES que 50% des citoyens les plus pauvres (216 millions d'individus). Il faut donc réduire les émissions des pays les plus riches pour tenir les objectifs des accords de Paris. Et, à moins que vous soyez PDG de multinationale, ce changement ne s'effectuera que grâce à une révolution du système.

En conclusion

Nous appartenons à l’espèce Homo sapiens. En tant que tel, nous sommes des individus sociaux capables de communiquer mais aussi de s’organiser autour d’un récit commun.

Aujourd’hui, au sein des démocraties (ahem des fois on se pose des questions mais bon.. au passage #darmaninDémission #ACAB) que nous habitons, nous avons un rôle à jouer. Pour pousser nos gouvernements à agir il ne suffit pas de râler dans nos salons. Il faut passer à l’action, concrètement. Il y a une infinité de formes de passage à l’action : en parler avec ses ami.e.s/familles, s’inscrire sur les listes électorales de sa municipalité et voter, créer des initiatives locales pour développer des solutions entre citoyens, organiser/participer à des manifestations etc.

Nous devons prendre nos responsabilités individuellement en agissant dans notre quotidien mais aussi de manière collective, main dans la main. Sans cette étroite collaboration, nous ne pourrons pas respecter les objectifs de l’Accord de Paris et notre avenir restera plus qu’incertain.

Temps de travail cumulé : 35h
Autrices : Élodie Portanier et Salomé Bourg

Autres sources et références

[1] IPCC Fifth Assessment Report, 2014

[2] https://www.liberation.fr/apps/2018/09/empreinte-carbone/

[3] https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/poids_carbone-biens-equipement-201809-rapport.pdf

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