GUIDE DU NATURALISTE #2 : 12 Insectes communs et remarquables de France

Les insectes… un mot qui génère à la fois de la curiosité et de la crainte chez nombre de personnes. On les associe souvent à des petites bêtes qui nous embêtent, qui peuvent nous piquer, et quand on pense à eux, on voit beaucoup de pattes qui pourraient nous courir dessus.

Pourtant, plus de la moitié des espèces animales connues sont des insectes [1]. On connaît 1 million d’espèces et on estime qu’il nous en reste encore au moins 5 millions à découvrir [2].

On vous emmène donc avec nous à la découverte de ce groupe riche et original. 

Dans la suite de cet article, nous allons vous présenter 12 espèces communément rencontrées en France. À la fin de cette partie vous pourrez télécharger les fiches d’identités de ces espèces pour les emmener avec vous sur le terrain et faire vos observations.

Ensuite, nous vous donnerons des astuces pour aider les insectes à survivre et nous vous expliquerons pourquoi c’est important.

Vous apprendrez alors comment construire vos propres abris à insectes et rendre votre jardin insectes-friendly !

Quels insectes peut-on couramment observer ?

La coccinelle à damier 

La coccinelle à damier (Propylea quatuordecimpunctata) appartient à l’ordre des Coléoptères et à la famille des Coccinellidae.

Elle est assez commune et se retrouve à travers toute l’Europe dans les milieux ouverts. Elle affectionne les petits arbustes et les plantes basses. Vous pourrez assez facilement l’apercevoir aussi bien dans la végétation en bordure de champs que dans votre jardin.

Les adultes de cette espèce émergent légèrement plus tard que les plus grosses espèces de coccinelles, lorsque les températures sont plus douces. On peut ainsi la rencontrer d’avril à octobre.

Comme la plupart des coccinelles, elle est très vorace, particulièrement au stade larvaire et se nourrit de petits insectes comme les pucerons. Elle est donc une alliée pour les jardiniers. Comme d’autres espèces de coccinelles elle est utilisée en tant qu’auxiliaire pour la protection des cultures face aux attaques de pucerons et autres petits ravageurs.

À la différence de ses cousines rouges à petits pois noirs bien connues, comme les coccinelles à 2 points (Adalia bipunctata) ou à 7 points (Coccinella septempunctata), la coccinelle à damier arbore une livrée (son « costume ») jaune et noire à motifs carrés. Elle compte ainsi 14 taches noires carrées/rectangulaires, bien visibles sur un fond jaune crème à orange très pâle.

Les taches sont rarement bien dessinées, elles sont le plus souvent partiellement fusionnées donnant ce motif de damier dont est tiré son nom. Elle possède également des taches noires sur son pronotum (la partie supérieure du thorax visible entre la tête et les élytres) qui se rejoignent en formant un motif en forme de couronne.

Bien qu’elle ne dépasse pas les 5 mm, cette petite coccinelle ne passe pas inaperçue dans la végétation avec ses belles couleurs !

La libellule déprimée

La libellule déprimée (Libellula depressa) est un insecte de l’ordre des Odonates et appartenant à la famille des Libellulidae.

Son aire de répartition s’étend de l’Europe jusqu’en Asie, à l’exception de la pointe Sud de l’Espagne et du Nord de l’Europe. C’est une espèce très commune en France.

On peut facilement l’observer autour de nombreux types de points d’eau de mai à septembre. C’est une espèce dite pionnière, c’est-à-dire qu’elle est souvent une des premières espèces à coloniser un nouveau milieu. C’est ainsi qu’on pourra la rencontrer aux abords de marres ou bassins apparus récemment ou aux abords de petits points d’eau stagnante.

Cette libellule rapide ne sera pas aisée à observer en vol ou au-dessus de l’eau. En revanche, vous la verrez souvent dans la végétation alentours, postée sur un perchoir souvent en hauteur. Les mâles, très territoriaux, chassent tout intrus qui volerait trop près de leur territoire.

Comme toutes les libellules, c’est une chasseuse hors pair qui attrape de petits insectes en plein vol.

La libellule déprimée est une grande libellule qui peut atteindre presque 5 cm pour une envergure allant jusqu’à 7,5 cm. Elle possède un abdomen large et aplati (ou « déprimé », d’où son nom) bleu clair chez le mâle, avec de légères tâches jaunes sur le côté, et jaune à brun chez la femelle. Ses yeux sont bruns sur le dessus.

Point distinctif, la libellule déprimée possède de larges taches à la base de ses ailes : de grandes taches brunes triangulaires sur ses ailes postérieures (comme chez de nombreux Libellulidae) mais aussi de longues taches brunes à la base des ailes antérieures, ce qui vous fera dire à coup sûr « c’est bien Libellula depressa ! ». 

Le phasme gaulois

Le phasme gaulois (Clonopsis gallica) est un phasme (Phasmida ou Phasmoptères) de la famille des Bacillidae.

Avec le phasme d’Espagne et le phasme de Rossi, il fait partie des trois espèces de phasmes présentes en France. Il est néanmoins le plus communément rencontré en France et on peut l’observer dans toute la moitié sud du pays et jusqu’à l’ouest.

Il apprécie les environnements ombragés comme les lisières de forêts ou les bords de chemins et préfère rester à 1 ou 2 m de hauteur. On le retrouvera très souvent sur les plantes et buissons desquels il se nourrit, comme les ronces ou les rosiers. Les adultes sont visibles de mai à octobre.

Les œufs, qui ressemblent à de toutes petites graines, sont pondus avant l’hiver et effectuent une diapause. C’est une pause dans leur développement, qui dure pendant plusieurs périodes hivernales avant que les œufs n’éclosent.

Le phasme gaulois ressemble à s’y méprendre à une brindille à 6 pattes. C’est d’ailleurs son meilleur atout pour se camoufler dans son environnement. Il est fin, tout en longueur, arbore une couleur allant du vert au brun et peut atteindre les 7 cm. On le différencie des autres phasmes que l’on peut trouver en France par la couleur rouge qui apparaît à la base de ses pattes avant, près du thorax.

L’Osmie cornue

L’osmie cornue (Osmia cornuta) appartient à l’ordre des Hyménoptères. C’est une abeille de la famille des Megachilidae.

Elle est présente dans toute l’Europe, à l’exception des pays nordiques. On peut voir ces abeilles sauvages voler et butiner dans les parcs, les prairies et les jardins, de mars à juin.

L’osmie cornue butine de nombreuses fleurs dont elle récolte et consomme le nectar et le pollen. Elle semble avoir une préférence pour les Fabacées (comme le trèfle ou le lupin) et les Rosacées (nombreux arbres fruitiers tels que les pommiers ou les cerisiers).

La femelle construit des nids dans des cavités (tiges creuses, trous d’évacuation de fenêtres). Elle y dépose du nectar et du pollen pour la future larve, pond un œuf unique, puis rebouche le tout avec une argile formée d’un mélange de terre et de salive. Elle construit ainsi de nombreuses loges pour toute sa descendance durant tout l’été.

À la fin de l’été, les larves se métamorphosent en adulte (ou imago) et restent dans la cellule où elles ont grandi. Elles ne sortiront qu’au printemps suivant.

L’osmie est une abeille relativement trapue. Son abdomen ovale est roux tandis que son thorax et sa tête sont noir. Le mâle possède une touffe de poils (ou soies) blancs sur la face. La femelle en est dépourvue mais possède deux petites cornes noires sur l’avant de la tête. Elle a également une petite brosse ventrale roux vif, sous l’abdomen, qu’elle utilise pour récolter le pollen. Les antennes sont légèrement plus courtes chez la femelle.

Le syrphe porte-plume

Le syrphe porte-plume (Sphaerophoria scripta) est un Diptère (comme les mouches communes !) de la famille des Syrphidae.

Il est répandu dans tout l’hémisphère Nord et est particulièrement fréquent en Europe. Il apprécie les fourrés, prairies et autres jardins riches en plantes à fleurs, et peut être aperçu d’avril à novembre.

L’adulte syrphe porte-plume se nourrit du nectar et du pollen des fleurs qu’il butine. La larve, en revanche, est plus vorace et se nourrit, comme de nombreux Syrphidae, de pucerons. Les syrphes rendent ainsi un double service : à l’état de larve ils protègent les cultures des ravageurs et, à l’âge adulte, ils participent à la pollinisation.

C’est un insecte volant très gracile. Comme tous les diptères il ne possède qu’une paire d’ailes : la seconde est modifiée en petites massues (ou haltères) qui servent de gyroscope en vol (pour se stabiliser).

Il présente de grands yeux globuleux. Le thorax est brun foncé et parcouru de grandes bandes latérales plus claires tandis que l’abdomen est rayé de noir et de jaune. La femelle est légèrement plus large que le mâle et ce dernier a l’extrémité de l’abdomen renflé en une boule qui lui donne l’allure d’une pointe de plume, d’où son nom vernaculaire de syrphe porte-plume.

La larve est apode (elle n’a pas de pattes !) et ne possède pas de tête bien visible. Le corps est vert et traversé de deux lignes blanches plus ou moins rectilignes sur le dos.

La chrysope aux yeux d’or

La chrysope (Chrysoperla carnea, sensu lato) est un Névroptère de la famille des Chrysopidae.

Présente dans toute l’Europe, elle affectionne les milieux où l’on retrouve des plantes à fleurs (prairies et jardins) et là où se concentrent les colonies de pucerons.

Elle est active de mars à octobre et passe l’hiver à l’abri dans des haies ou des tas de bois. L’adulte est principalement actif la nuit, mais il n’est pas rare d’en observer de jour dans un buisson ou une haie, ou à l’abri sous une feuille. La larve, particulièrement mobile, peut être observée dans la végétation, chassant parmi les pucerons.

À l’état adulte, la chrysope se nourrit de nectar et de pollen de fleurs ainsi que de miellat de pucerons. À l’état larvaire, elle est un redoutable prédateur particulièrement friand de pucerons. Elle est d’ailleurs utilisée en lutte biologique comme auxiliaire de culture pour lutter contre des ravageurs comme les pucerons, les thrips et certaines chenilles. Son appétit pour les pucerons est tel qu’elle est parfois appelée « lion des pucerons ».

La chrysope adulte présente de grandes ailes transparentes ovales, très nervurées. Son corps vert clair est long et fin. Ses yeux d’une couleur métallique ont des reflets dorés, ce qui lui a valu le surnom de « demoiselle aux yeux d’or ».

La larve est gris-brun, parfois verte aux premiers stades, et traversée de deux lignes rougeâtres. Elle possède à l’avant de la tête de grandes mandibules, semblables à une pince. Ce sont en fait deux petits tubes percés, que la larve utilise pour injecter à l’intérieur de sa proie une substance qui liquéfie cette dernière, permettant à la larve de chrysope d’aspirer son contenu (comme avec une paille).

La panorpe ou mouche-scorpion

La panorpe (Panorpa communis) appartient à l’Ordre des mécoptères et à la famille des Panorpidae.

Elle est présente dans toute l’Europe et l’Asie et est parfois très abondante ponctuellement.

On retrouve les panorpes dans les milieux ombragés et plutôt humides. Elles sillonnent ainsi les forêts, les bords de cours d’eau ou les marécages. On les rencontre principalement au printemps et en été.

Les adultes sont essentiellement carnivores : ils se nourrissent de mouches ou de petits animaux morts. À l’occasion, ils se nourrissent également de nectar ou miellat de pucerons.

La mouche-scorpion est un petit insecte d’environ 20 mm de long. Son corps est jaune et noir et ses ailes, au nombre de quatre, sont zébrées de taches noires, plus ou moins nombreuses selon les espèces du genre Panorpa. Chez P. communis, les taches sont plus discrètes que chez les autres Panorpa.

Comme chez tous les mécoptères, sa tête est allongée, formant un rostre au bout duquel se trouvent les pièces buccales. Malgré son nom de mouche-scorpion, la panorpe est inoffensive. En effet, ce surnom vient de la ressemblance de l’extrémité de l’abdomen des mâles avec la queue des scorpions, bien qu’elle soit plus proche d’une pince que d’un aiguillon.

Le paon-du-jour

Le paon-du-jour (Aglais io) est un papillon (ou Lépidoptère) de la famille des Nymphalidae.

Il est présent dans toute l’Europe et jusqu’en Asie et est commun en France.

De février à octobre ce papillon se rencontre en prairies ou en lisière de forêts, parcs et jardins. Il apprécie les milieux légèrement humides et évitera ainsi tout environnement trop sec. Il passe l’hiver sous forme de chrysalide ou sous forme adulte, caché dans des anfractuosités et souvent dans nos maisons, garages ou autres abris de jardins.

Adulte, il se nourrit du nectar des fleurs qu’il visite çà et là. Sa chenille, quant à elle, se nourrit sur l’ortie dioïque (Urtica dioica, celle qui pique !).

La chenille du paon-du-jour a la tête et le corps noirs parsemé de points blancs. Elle possède de nombreux petits pics grêles appelés scoli sur le dos et les flancs. Une fois sa nymphose (la métamorphose qui la transforme en chrysalide) achevée, bien à l’abri dans sa chrysalide toute verte, elle se transforme en un grand papillon de 5 cm d’envergure.

Bien que le dessous des ailes soit d’un brun sombre, la face supérieure est vibrante de couleurs : le fond des ailes est rouge foncé et sur chacune d’elles est présente une grosse tache violet brillant en forme d’œil. C’est de là que vient son nom de paon-du-jour car il rappelle le motif des plumes du mâle paon.

Fait étonnant chez les insectes (mais que l’on retrouve chez de nombreux Nymphalidae) : ce papillon n’a que 4 pattes !

Le gendarme

Le gendarme, ou pyrrhocore (Pyrrhocoris apterus), est un petit insecte bigarré de l’ordre des Hémiptères appartient à la famille des Pyrrhocoridae.

Il est présent dans toute l’Europe, à l’exception des extrémités nord des îles britanniques et de la Scandinavie, et jusqu’en Inde.

Il se rencontre en groupes au pieds des arbres, notamment le tilleul et l’hibiscus, dans les milieux très ensoleillés. On peut l’observer d’avril à octobre, puis en hiver les adultes se cachent sous l’écorce des arbres ou dans des anfractuosités du sol.

Les gendarmes sont polyphages (ils peuvent consommer divers aliments) mais se nourrissent principalement de graines, de sève et de fruits (notamment ceux des roses trémières, des mauves ou des hibiscus). Il leur arrive aussi de se nourrir d’œufs ou de cadavres d’insectes.

Le gendarme est une petite punaise d’environ 10 mm à la coloration rouge et noire, formant sur son dos un motif ressemblant à un visage ou un grand masque. Les pattes et la tête sont entièrement noires et les yeux sont rouges.

Comme tous les Hémiptères (punaises, pucerons, cigales, cochenilles…) il possède un long rostre (ou stylet) qu’il utilise pour piquer et aspirer sa nourriture. Les larves et juvéniles ressemblent aux adultes mais en plus petits, et ne possèdent pas les motifs noirs et rouges car leurs ailes ne sont pas encore développées. L’absence d’ailes laisse ainsi apparaître l’abdomen d’un rouge éclatant.

Le géotrupe du fumier

Le géotrupe du fumier (Geotrupes stercorarius) est un insecte Coléoptère de la famille des Geotrupidae.

Visible d’avril à septembre, on le rencontre dans toute l’Europe dans les milieux boisés et peuplés de grands mammifères, tels que les cerfs ou les chevreuils.

Le géotrupe, particulièrement sa larve, est en effet coprophage, c’est-à-dire qu’il se nourrit d’excréments d’animaux. Il affectionne les excréments de grands mammifères qui serviront de nourriture pour ses larves. C’est un bousier efficace qui contribue à la dégradation des déjections en forêt. Bien qu’également partiellement coprophages, les adultes se nourrissent aussi beaucoup de champignons.

Le géotrupe est un scarabée au corps trapu, bombé et arrondi, de couleur noire à reflets métalliques bleus. La tête et le pronotum (la partie supérieure du premier segment thoracique visible) sont lisses ou légèrement ponctués. Les élytres (la première paire d’ailes rigides protégeant la seconde) sont, quant à eux, striés. Ses pattes sont dentées et la première paire à l’avant est légèrement plus large que les autres et sert à l’animal à creuser.

La mante religieuse

La mante religieuse (Mantis religiosa) appartient à l’Ordre des Mantodea et à la famille des Mantidae.

Originaire du bassin méditerranéen, sa répartition s’étend maintenant sur toute l’Asie. En Amérique du Nord, où elle a été introduite, elle est considérée comme invasive.

On peut la retrouver dans toute la France sauf à l’extrême Nord. Elle affectionne particulièrement les environnements secs, les prairies, les champs en friches ou encore les buissons.

La mante religieuse peut s’observer durant une grande partie de l’année. Dès le début du printemps on peut rencontrer les juvéniles fraîchement éclos, qui ressemblent aux adultes en version miniature. En été, les individus ont atteint le stade adulte et s’apprêtent à s’accoupler jusqu’à fin octobre. La ponte a ensuite lieu jusqu’en novembre.

La mante religieuse, que l’on surnomme également « tigre de l’herbe », est un prédateur hors pair. Elle se nourrit de tout insecte qui aura le malheur de croiser sa route. Elle chasse en effet, à l’affut, et s’attaque à des proies aussi grosses qu’elle. Adulte, elle consomme papillons, mouches, moustiques, criquets et sauterelles ; juvénile, elle se contente de pucerons ou de petites mouches.

Lorsqu’on rencontre une mante religieuse, on ne peut pas se tromper sur son identité. C’est un grand insecte très élancé, vert ou brun, pouvant atteindre 8 cm de long. Elle possède de très grands yeux et une tête triangulaire très mobile qui peut pivoter à 180° pour toujours avoir ses proies en vue.

Ses pattes avant, dites « ravisseuses », sont bardées d’épines et fonctionnent comme des pinces qu’elle projette vers ses proies pour les attraper. On la reconnaît aussi facilement grâce aux tâches noires qu’elle possède à l’intérieur de ses pattes antérieures (côté tête), au niveau de l’aisselle.

La grande sauterelle verte

La grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima) est un insecte de l’ordre des Orthoptères et appartient à la famille des Tettogonidae.

Cette sauterelle est commune en France. On la rencontre également dans toute l’Europe occidentale.

C’est un habitant des milieux ouverts herbacés comme les prairies et les landes. Bien que l’on puisse la trouver dans l’herbe, elle affectionne particulièrement les arbustes, les buissons ou les arbres, qui sont ses zones de chasse préférées.

Il est possible de la rencontrer dans la végétation, de la voir voler, ou même de l’entendre, à partir de la mi-juillet et jusqu’en octobre.

Cette sauterelle est dotée de puissantes pièces buccales de type broyeur, alors attention, elle peut mordre ! Elle est essentiellement carnivore. Il lui arrive de consommer quelques végétaux de temps à autres, mais son menu quotidien est composé de chenilles, de mouches ou d’autres grandes sauterelles vertes si l’occasion se présente !

La grande sauterelle verte est tout d’abord remarquable par sa taille. Elle peut mesurer jusqu’à 4,2 cm pour les femelles (> 6cm avec les ailes). Celles-ci possèdent en plus un oviscapte (sorte d’appendice en forme de lame pour pondre ses œufs dans le sol) qui les rend encore plus longues.

Cette sauterelle est entièrement verte (viridissima signifie « très verte » en latin), à l’exception du dessus de la tête et du thorax qui sont légèrement bruns, ce qui lui permet de se confondre avec son environnement et la rend difficile à repérer quand elle est immobile.

Elle possède également de grandes pattes postérieures et de longues ailes, qu’elle utilise pour bondir et s’envoler d’arbre en arbre. Comme les autres sauterelles, elle possède de très longues antennes filiformes qui peuvent atteindre une fois et demie sa taille.

Aider la survie des insectes : pourquoi et comment ?

Maintenant que l’on a eu un bel aperçu du monde fascinant des insectes, de leur diversité et originalité, on va s’intéresser à comment les aider.

Mais pourquoi devrait-on les aider d’abord ?

Car la 6ème crise d’extinction de masse n’épargne pas nos amis à 6 pattes. Environ 40% des espèces d’insectes sont aujourd’hui en déclin, un tiers d’entre elles sont menacées de disparition et chaque année, 15 000 espèces de plus le deviennent [3]. 

Les principales causes du déclin des insectes sont : la perte de leur habitat à cause de la déforestation, l’intensification de l’agriculture, l’urbanisation ; la pollution et l’utilisation de pesticides et de fertilisants qui les tuent ; les facteurs biologiques comme les pathogènes et les espèces invasives ; et enfin, le changement climatique [3].

Vous pouvez lire notre article sur la biodiversité pour avoir plus d’informations sur ce sujet.

Pourquoi un tel déclin des insectes est-il alarmant ?

Déjà, car des insectes dépend notre alimentation ! Par leur rôle de pollinisateurs, les insectes assurent, en effet, la production d’au moins 30% des végétaux que nous consommons mondialement. La pollinisation assurée par les insectes permet également la survie de nombreuses espèces végétales sauvages, qui sont, elles-mêmes, à la base de la chaîne alimentaire et permettent la vie de nombreux animaux herbivores, qui eux-mêmes assurent la survie des carnivores.

Par ailleurs, les végétaux sont des puits de carbone : ils consomment du CO2 pour vivre et permettent ainsi d’aider à réguler le climat (on vous explique mieux dans notre article à ce sujet) ! Dans le contexte de réchauffement climatique actuel, nous n’avons pas envie de perdre une partie de nos puits de carbone.   

En plus de la pollinisation, les insectes assurent d’autres fonctions très importantes dans les écosystèmes (et rendent ainsi des services écosystémiques). Ils dégradent les déchets produits par les autres organismes (déjections, carcasses, et déchets végétaux). En enterrant et dégradant cette matière organique, ils permettent aux sols d’être fertiles et aux élevages d’animaux domestiques de ne pas être des dépotoirs. Ce service qu’ils rendent est donc également essentiel à l’agriculture.

Les insectes permettent aussi de réguler les populations de ravageurs de cultures, qui sont certes d’autres insectes pour une large part, mais qui pourraient voir leurs populations augmenter si les insectes « amis des cultures » (ou auxiliaires) venaient à disparaitre.

Enfin, les insectes servent d’aliment à de nombreuses autres espèces : les oiseaux comme on l’a vu dans le guide naturaliste sur ces derniers, mais aussi d’autres vertébrés (amphibiens, mammifères comme les chauves-souris, hérissons, musaraignes…). Leurs larves aquatiques sont également la ressource principale de beaucoup d’espèces de poissons.

Imaginer les conséquences d’un déclin trop important des insectes donne le vertige.  Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait pour les aider ?

Construire ses abris à insectes

Depuis ces dernières années, on voit apparaitre dans beaucoup de magasins et de jardins des « hôtels à insectes ». Mais qu’est-ce que c’est ?

Ce sont des abris qui ont pour but d’attirer les insectes auxiliaires dans notre jardin, leur procurant un habitat où nicher et se reproduire.

Ils sont souvent constitués de différentes « cases » qui abritent différents types d’éléments (des pommes de pin, des branches, des planches percées, des tubes de bambou, des briques…).

C’est très esthétique ! Mais est-ce vraiment utile ?

Comme vous vous en doutez, en matière d’écologie, rien n’est jamais simple. Les hôtels à insectes tels que vendus dans le commerce présentent un certain nombre de désavantages et sont rarement utilisés correctement. Ils sont plus pédagogiques qu’utiles à la biodiversité.

Tout d’abord, l’idée d’attirer et de faire loger toutes ces différentes espèces au même endroit est une fausse bonne idée. Dans la nature, tous ces organismes ne vivent pas dans le même immeuble et il y a de bonnes raisons pour cela.

Leurs nids sont petits et séparés, ce qui leur permet de ne pas se gêner et évite également la circulation des pathogènes et parasites d’un nid à l’autre. De plus, si un prédateur (par exemple, un oiseau) repère le grand hôtel à insecte et vient s’y restaurer : il va tout décimer d’un coup !

Si l’on souhaite héberger différentes espèces, il va donc plutôt falloir construire plusieurs abris différents que l’on disposera à différents endroits de notre jardin ou balcon.

La première étape sera donc de se renseigner sur quels insectes vivent par chez nous, réfléchir à ceux que l’on voudrait abriter et ensuite, déterminer de quels types d’abris et d’habitats ils ont besoin.

En consultant le site de Promesse de fleurs, on apprend par exemple que pour aider les perce-oreilles, on utilisera un pot en terre cuite que l’on remplira de paille et que l’on suspendra dans un arbre (par exemple, un fruitier).

Pour les chrysopes, on utilisera une boite en bois remplie de paille et dont le couvercle sera percé de trous. Pour les coccinelles, on va assembler plusieurs planchettes en rang les unes à côté des autres, séparées de quelques millimètres. On va ensuite placer cette structure dans une boite en bois ouverte sur le devant et mettre un toit imperméable (par exemple en ardoise).

Pour les abeilles et guêpes solitaires, ainsi que pour les osmies, on prévoira des bûches ou planches épaisses que l’on percera de trous de différents diamètres (pour accueillir différentes espèces), ou encore des fagots de tiges creuses (par exemple bambou ou roseaux) ou de tiges à moelle (sureau, ronce, rosier).

On s’arrête ici mais ce n’est pas une liste exhaustive des abris que l’on peut construire ! Vous pouvez trouver plus d’informations sur internet, mais comme toujours : ayez un esprit critique et croisez vos sources afin d’être surs de ne pas faire de bêtises !

Une fois nos abris construits, on devra choisir avec précaution l’endroit où on les place. Un endroit calme du jardin, avec un accès facile pour se poser (pas de branches et feuilles qui gênent), avec une orientation vers le sud ou le sud-est (pour le soleil, les insectes sont ectothermes, leur température corporelle dépend de la température ambiante) et abrités du vent et de la pluie.

Il faut ensuite ne pas oublier d’entretenir nos abris. Pour ceux contenant de la paille : on devra changer la paille. Pour ceux avec des trous ou tiges bouchés à l’argile, si à la fin de l’été certains sont encore bouchés, il faudra vider le contenu de ces cavités (ou les remplacer si ce sont des fagots de tiges creuses).

Enfin, disposer des abris à insectes dans un jardin qui ne contient aucune ressource est inutile ! Il nous faut alors prévoir de quoi nourrir et abreuver les insectes (des fleurs à pollen et nectar, des réserves d’eau). On évite aussi bien sûr l’usage de pesticides (insecticides mais aussi fongicides et herbicides), qui vont décimer les insectes.

Bon, tout ça mis bout à bout, avoir des abris à insectes semble un peu fastidieux, non ? Surtout si l’on veut accueillir plusieurs espèces et faire les choses correctement. N’y a-t-il pas plus simple ?

Heureusement, si ! On peut tout simplement veiller à avoir un jardin qui soit favorable aux insectes : plus besoin d’abris, ils seront naturellement présents ! Découvrez avec nous comment faire ci-dessous.

Rendre son jardin insectes-friendly

Comment faire pour attirer l’entomofaune dans son jardin ? Rien de très sorcier : il faut s’assurer que notre jardin offre des abris et des ressources aux insectes. Le moyen le plus simple : ne rien faire. Laisser la nature s’installer toute seule, la flore indigène attirera naturellement les insectes et lui fournira des abris.

Bon, vous n’avez pas envie de voir votre jardin se transformer en jungle sauvage ? Vous pouvez quand même aider !

D’abord, sans laisser tout le jardin en friche, on peut décider de laisser une partie vierge de toute intervention.

Dans la partie « gérée », on peut choisir de planter des fleurs mellifères et nectarifères locales (car les espèces d’insectes locales ont besoin de leurs ressources locales). On pourra alors se renseigner sur quelles espèces d’insectes vivent chez nous et quelles sont les plantes dont elles raffolent.

Pour cela, on peut vous conseiller ce document de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) ou encore les sites de Jardiner autrement ou Terre vivante. On y apprend par exemple que pour favoriser les syrphes, on choisira de planter des coquelicots, de la menthe, des pâquerettes… Pour les coccinelles, se sera des orties, du sureau, des molènes ou encore du fenouil.

On peut aussi penser à planter des végétaux qui fleuriront à différents moments de la saison, comme ça on s’assure de proposer des ressources en continu.

De nombreux autres aménagements bénéficieront aux insectes. Par exemple, un tas de compost, des tas de feuilles mortes (qui enrichissent le sol et servent d’abri pour l’hiver, et peuvent en plus servir à pailler le potager !), des tas de bois mort laissés çà et là, des tas et murs en pierres …

Les haies sont aussi un outil écologique important. Elles abritent du vent, retiennent l’humidité et permettent de créer des microclimats favorables. On peut mettre plusieurs espèces d’arbres et arbustes dans sa haie pour pouvoir accueillir différentes espèces (fruitiers, baies, mais aussi arbustes à fleurs comme les rosiers). Ici encore, favorisons les essences locales.

De la même manière, ne tondez pas trop souvent ou trop ras, une tonte raisonnée permet de protéger la biodiversité. On laisse un peu de hauteur (6-8 cm), on ne tond pas tout le jardin en même temps, on laisse les résidus de tonte sur place (ou on s’en sert pour pailler les plantes et potagers).

Vous pouvez retrouver des conseils fournis par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) ici.  Au lieu de tondre, on peut faucher (c’est-à-dire, couper, et tardivement, pour laisser les refuges et ressources aux insectes plus longtemps !).

On a beaucoup parlé nourriture et abris, mais n’oublions pas la boisson ! On peut laisser de l’eau dans nos coupelles de pots de fleurs, mettre des points d’eau exprès (de faible profondeur et avec des cailloux au fond, sinon c’est la noyade).

De nombreuses larves d’insectes vivent dans le sol (par exemple, les perce-oreilles, la grande sauterelle…), pour garder un sol vivant, on ne le laboure donc pas ! On peut aussi creuser une marre, car de nombreuses espèces ont des larves aquatiques (comme les libellules).

Bien sûr, on proscrira les pesticides du jardin (et même à la maison), ou en tout cas, on limitera au maximum leur usage, et on ne s’en servira pas partout ! Leur pouvoir toxique est souvent à large spectre : ils ne ciblent pas un insecte mais tuent tous ceux qui sont en contact, auxiliaires comme ravageurs.

Pour conclure sur tout ça, les mots-clés d’un jardin insecte-friendly sont : naturel, sauvage (gestion modérée et raisonnée), hétérogène (différents milieux, différentes ressources) et non traité. Et en plus, c’est super joli !


Sources et références

Références citées dans le texte

[1] Insect Biodiversity: Science and Society (2009) Footit RG & Adler PH, Eds. Blackwell Publishing Ltd. doi: 10.1002/9781444308211

[2] Numbers of Living Species in Australia and the World, 1st edn (2006) Chapman AD, Ed. Australian Biological Resources Study.  ISBN: 9780642568502

[3] Sánchez-Bayo F, Wyckhuys KAG (2019) Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers. Biological Conservation 232: 8–27.

[4] Jardiner autrement – Construire un hôtel à insecte

Autres sources consultées 

Smith MR, Singh GM, Mozaffarian D, Myers SS (2015) Effects of decreases of animal pollinators on human nutrition and global health: a modelling analysis. Lancet 386: 1964–72.

Biesmeijer JC, Roberts SPM, Reemer M, Ohlemüller R, Edwards M, Peeters T, Schaffers AP, Potts SG, Kleukers R, Thomas CD, Settele J, Kunin SWE (2006) Parallel Declines in Pollinators and Insect-Pollinated Plants in Britain and the Netherlands. Science 313: 351-353.

Danièle Boone, Tribune Reporterre, 2019.

Jean-Baptiste Veyrieras, Journal du CNRS, Déclin des insectes : l’urgence d’agir.

Jardins de Noé, Laisser des abris naturels pour la faune du jardin

Marc Carlton, The Pollinator Garden, Make a bee hotel

Jo-Lynn Teh-Weisenburger, The entomologist lounge, Insect Hotels: A Refuge or a Fad?

Images

Aquarelles : Lisa Nicvert – Licence CC-BY-SA 4.0

Photographies © Vincent Lhuillier – Autorisation spéciale pour le Projet Pangolin

Photographies autres :


Temps de travail : 110h

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